25.08.2017, 00:01  

«J’avais beaucoup de choses en tête»

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 25.08.2017, 00:01   «J’avais beaucoup de choses en tête»

ATHLÉTISME - Jeudi soir à Zurich, lors du Weltklasse, Ellen Sprunger (31 ans) a dit «adieu» au sport de haut niveau. Reportage.

de zurich, florian sägesser

florian.saegesser@lacote.ch

Le fort orage s’étant abattu sur Zurich a passé son chemin, mais il pleut encore lorsque, peu avant 18h, Ellen Sprunger, accompagnée de sa sœur Lea, quitte l’hôtel pour le stade du Letzigrund. Un parapluie à la main, un autographe pour une fan, deux cents mètres de marche, avant la même distance, à 19h47, sur la...

de zurich, florian sägesser

florian.saegesser@lacote.ch

Le fort orage s’étant abattu sur Zurich a passé son chemin, mais il pleut encore lorsque, peu avant 18h, Ellen Sprunger, accompagnée de sa sœur Lea, quitte l’hôtel pour le stade du Letzigrund. Un parapluie à la main, un autographe pour une fan, deux cents mètres de marche, avant la même distance, à 19h47, sur la piste: la dernière course de sa carrière. Les papillons envahissent son estomac; le livre touche à sa fin. «La journée fut longue, on ne fait pas grand-chose en attendant le meeting. Mercredi en fin de journée, j’ai eu un entraîement de relais. Puis il y a les soins. Nicole (ndlr: Büchler, sa camarade de chambre) est partie il y a une heure, et depuis je cogite», glisse la Ginginoise.

Les images se bousculent, elles remontent à la surface. «Je reçois énormément de marques d’affection et de soutien; je voyage au travers de ces messages, car la plupart sont liés à des souvenirs précis.» On en dépoussière un, l’une de ses premières apparitions dans ces colonnes... datant de 1999! «Pour les championnats vaudois, c’est ça?» Les jeunes années passées au COVA Nyon remplissent une bonne partie du trajet.

Comme le Britannique Mo Farah, Ellen Sprunger tire sa révérence, jeudi soir. Elle aborde son ultime demi-tour de piste avec la sérénité de l’athlète qui a pu choisir le moment de sa sortie. «Cela fait deux ans que je sais ma fin de carrière proche. C’est une chance de pouvoir me dire que j’arrête quand je le veux.» Devant son public, devant ses parents. Aux côtés de sa sœur. Ellen Sprunger n’a que peu projeté le tomber du rideau. «J’aimerais juste en profiter à fond. Cela passe vite, 24’’... Cela reste du sport, j’espère ne pas être ridicule même si, je ne vais pas mentir, j’ai lâché un peu après ma qualification ratée pour Londres.»

Lors des Mondiaux, début août, elle est partie en vacances, s’éloigner autant que possible de toute connexion internet – juste le minimum; couper car cela l’affectait d’avoir raté son dernier grand objectif (en heptathlon, puis sur 200 m). Londres, elle s’y est quand même rendue; un passage éclair, une journée, pour assister à la finale de sa sœur, Lea, sur 400 m haies. Le temps d’une soirée, elle a retrouvé ce stade qui lui valut ses plus belles émotions: c’était en août 2012, lors de ses premiers Jeux olympiques; les meilleurs moments de sa vie d’athlète. «Je ne vais pas être originale et je ne peux pas dire, comme Roger Federer, qu’il y en a tellement, confie-t-elle, sourire en coin. Pour la performance, les JO de Londres restent le souvenir que j’ai le plus en tête.»

«Profite!»

Les plus douloureux? «Mon année blanche en raison de mes blessures et opérations; la qualification ratée pour les Mondiaux cette année; et la finale du relais aux Européens, en 2014...» Ce qui fut sa plus grande chance de décrocher une médaille au haut niveau; c’était un dimanche d’août, déjà dans ce stade du Letzigrund.

Ces émotions, décuplées devant une foule compacte, difficiles à rencontrer ailleurs qu’au milieu d’une arène bondée, lui manqueront. «J’appréhende de ne plus les retrouver.» Alors sa sœur lui glisse un ultime conseil, avant d’entrée dans le couloir réservé aux athlètes, et d’entamer leur échauffement: «Profite!», lui lance Lea.

Ellen Sprunger replie son parapluie et entre dans les coursives du stade.

L’heure de la révérence

Elle en ressort à 19h47. L’heure des adieux. Comme il est une première fois à tout, il est une dernière fois à tout. Le speaker annonce son nom, une dernière fois. Une clameur enfle, une dernière fois. Ellen Sprunger ne masque pas son émotion, lève les bras, poings serrés, une dernière fois. «Lorsque j’ai mis mes pieds dans les starting-blocks, j’avais beaucoup de choses en tête, j’étais partagée: d’un côté j’étais super-triste et d’un autre super-contente de tirer ma révérence ici, sur cette piste si particulière et qui représente beaucoup dans nos carrières, pour nous autres athlètes suisses. J’avais le sourire.»

Durant ses deux cents derniers mètres, elle effectue tout d’abord un ultime virage, y croise des visages familiers, puis une ultime ligne droite; elle coupe la ligne en 7e position; le temps (24’’54) importe peu. Un drapeau rouge à croix blanche échoue sur ses épaules, un bouquet de fleurs dans ses mains, elle effectue une courbette face à ces tribunes garnies. Elle signe des autographes, encore, pose pour des photos. Un dernier passage devant les caméras de télévision, devant la presse. «Je sors du stade et je commence à réaliser, vraiment...»

Et maintenant, du chocolat

Une autre vie est ailleurs. Elle dit: «La vraie vie, paraît-il.» Où une fin existe, un recommencement apparaît. Sa carrière sur la piste était tout aussi vraie que les aventures qui l’attendent désormais. «J’ai hâte de m’investir dans d’autres sports, les contraintes qui accompagnaient mon sport ne me manqueront pas.» Au niveau professionnel, elle avoue, rien n’est pour l’instant acté, cependant son horizon s’éclaircit. Là voilà une nouvelle fois dans des starting-blocks; des starting-blocks d’un genre nouveau.

Dans l’immédiat, Ellen Sprunger va céder à quelque plaisir coupable: «Manger du chocolat, beaucoup de chocolat.»

«Ellen était mon point de repère»

Lea Sprunger Engagée dix minutes après sa grande sœur, Lea Sprunger n’a rien vu de l’ultime course de son aînée. «Non, je n’ai rien vu, du tout! J’étais dans la call room et il n’y avait pas de TV. Je me réjouis de la revoir sur Internet», partage-t-elle.

La Ginginoise, cinquième des Mondiaux de Londres, a pris la 3e place du 400 m haies, jeudi soir à Zurich. Un événement qui n’était pas estampillé «Diamond League» mais qui offrait un plateau tout aussi relevé. L’athlète du COVA Nyon a terminé la course à la bagarre (54’’66), derrière la Tchèque Zuzana Hejnova (54’’13) et la Danoise Sara Slott Petersen (54’’35). «Ce ne fut pas une course parfaite, mais intéressante, bien que je n’aie pas réussi à produire ce que j’escomptais. J’ai également lutté pour ne pas être battue par Petra (ndlr: Fontanive)

Lea Sprunger n’a plus qu’une course cette saison, la finale de la Diamond League à Bruxelles. «On verra le plateau, je m’y rendrai pour gagner», affirme-t-elle, sourire aux lèvres. Avant de rendre hommage à sa sœur: «Ellen, c’était mon point de repère au début. Elle m’a beaucoup aidée et réconfortée, notamment après Rio. Nous avons eu la chance de vivre toutes ces expériences ensemble, entre sœurs. Nos premiers Jeux olympiques, à Londres, lorsque nous étions les deux dans le relais. Et lors de l’heptathlon, la voir gagner son 200m et être si heureuse sur la piste, c’était quelque chose de très spécial, d’inoubliable.» flos


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