22.06.2017, 00:01  

«La ménopause est un sujet tabou»

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 22.06.2017, 00:01   «La ménopause est un sujet tabou»

«AURORE» - Agnès Jaoui est de retour dans le rôle d’une femme de 50 ans aux prises avec le «retour d’âge». Une comédie féministe et bien sentie signée Blandine Lenoir.

Cinéaste française, Blandine Lenoir a débuté devant la caméra de Gaspard Noé, poursuivant ainsi une carrière de comédienne. En parallèle, elle a réalisé de nombreux courts métrages, dont «Monsieur l’abbé», récompensé aux César. Après «Zouzou», un premier long métrage sur une mère de famille qui redécouvre sa sexualité, Blandine Lenoir livre avec «Aurore» une comédie féministe où Agnès Jaoui fait merveille. Rencontre.

Blandine Lenoir, d’où est venue l’idée de ce film?

J’avais plusieurs copines plus âgées, qui abordaient la cinquantaine en étant célibataires, souvent seules avec un enfant ou deux, et...

Cinéaste française, Blandine Lenoir a débuté devant la caméra de Gaspard Noé, poursuivant ainsi une carrière de comédienne. En parallèle, elle a réalisé de nombreux courts métrages, dont «Monsieur l’abbé», récompensé aux César. Après «Zouzou», un premier long métrage sur une mère de famille qui redécouvre sa sexualité, Blandine Lenoir livre avec «Aurore» une comédie féministe où Agnès Jaoui fait merveille. Rencontre.

Blandine Lenoir, d’où est venue l’idée de ce film?

J’avais plusieurs copines plus âgées, qui abordaient la cinquantaine en étant célibataires, souvent seules avec un enfant ou deux, et des ex qui ont refait leur vie. Elles peinaient à retrouver des amoureux, alors que ce sont des femmes formidables. Ensuite, leurs enfants ont quitté la maison et elles se sont retrouvées dans la solitude et, en même temps, dans une sorte de nouvelle adolescence... Il y avait aussi la quasi-invisibilité des femmes de 50 ans au cinéma, si ce n’est dans de petits rôles tragiques, et enfin, ma propre peur de vieillir: le meilleur moyen de la contrer était de raconter un récit qui donne envie de vieillir!

Vous avez un grand sens de l’humour et de l’émotion. Comment trouvez-vous cet équilibre entre comique et dramatique?

Je me dis que ce qui me fait rire fonctionnera aussi sur les autres. J’aime passer d’une émotion à l’autre. Les très belles images ne me touchent pas forcément. J’ai envie d’être émue, de rire, d’avoir peur. Le cinéma permet de raconter des choses assez dures, par exemple sur le statut des femmes, tout en s’échappant dans la légèreté. Cet équilibre vient à l’écriture et se renforce au montage, où on repère le chemin qui permet de ne pas tomber dans l’hystérie. C’est un gros travail. J’ai dû couper une quinzaine de séquences pour rester sur un fil tendu. Chaque film a sa façon de fonctionner, il faut l’accepter et lâcher l’affaire.

Avez-vous écrit le rôle d’Aurore en pensant à Agnès Jaoui et comment l’avez-vous convaincue de jouer dans ce film?

Je n’ai pas eu à la convaincre, parce qu’elle a immédiatement accepté. La plupart des rôles sont écrits sur mesure pour les comédiens de la troupe qui m’accompagne, mais celui d’Aurore n’a pas été écrit pour Agnès Jaoui. Je n’ai pas pensé à quelqu’un de précis, parce que ça aurait pu s’avérer décevant. Une fois le scénario écrit, je me suis rendu compte qu’elle ferait une interprète idéale, mais ce n’était pas acquis qu’elle accepte: la ménopause est un sujet tabou. Par chance, Agnès assume totalement son âge.

Comment vous êtes-vous documentée sur la ménopause?

Je ne me suis pas tellement documentée. J’ai vu mes copines avoir des bouffées de chaleur et changer d’humeur. J’ai discuté un peu avec un gynécologue, mais ce n’était pas un grand travail de documentation, plutôt d’observation.

Pourquoi Agnès Jaoui était l’actrice rêvée pour ce rôle?

Comme je parle du vieillissement, c’était important d’avoir une actrice qu’on a vu changer. Après, elle a un truc très mélancolique, contre lequel elle ne peut pas lutter. Ça me permettait d’ajouter une dimension émouvante, même dans les séquences les plus comiques.

Vous abordez aussi le harcèlement de rue. Considérez-vous ce film comme féministe?

Oui. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde n’est pas féministe, hommes et femmes confondus. Je suis choquée par la manière dont les femmes sont considérées, sans que ça n’évolue jamais. Le harcèlement de rue, les hommes ne veulent pas en entendre parler, parce qu’ils ont l’impression qu’on les accuse de quelque chose qu’ils ne font pas. Quand j’accompagne le film, de nombreuses femmes me remercient pour les scènes de harcèlement de rue, d’autres disent qu’elles se sentent discriminées, mais qu’elles ont la chance d’être blanches, parce que ça serait pire si elles étaient arabes, musulmanes, lesbiennes ou handicapées…

Drôles de dames

Aurore a la cinquantaine et vit à La Rochelle. Depuis que son mari a refait sa vie avec une autre, elle s’occupe seule de ses deux filles presque adultes et se démène comme serveuse dans un bar. Tandis qu’arrive la ménopause et les bouffées de chaleur, elle tombe par hasard sur un amour de jeunesse…

A la faveur de dialogues ciselés, d’un très bon sens de l’observation et de comédiennes toujours justes, Agnès Jaoui en tête, Blandine Lenoir décrit avec humour et sensibilité les enjeux de l’âge chez les femmes dans une société machiste et patriarcale qui se voile la face.

Si le scénario est sans grande surprise, «Aurore» présente une ribambelle de personnages hauts en couleur et de situations cocasses, des entretiens à Pôle Emploi aux rendez-vous chez le gynéco. En résulte une comédie féministe et sociale, crédible et insolite. rch

de Blandine Lenoir, avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert, Pascale Arbillot...

Durée: 1h29 Age légal/conseillé: 10/14


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